Intervention de OUTrans pour le TDOR 2022

Discours prononcé le 20 novembre 2022 devant la mairie du XXe arrondissement de Paris

Notre communauté est précarisée par les ruptures familiales et l’exclusion du marché du travail, par une prise en charge médicale psychiatrisante et aléatoire, et par des procédures administratives lourdes et obsolètes. Nombreux-ses sont les bénéficiaires de nos associations qui sont en situation d’exclusion sociale liées à la transphobie. Les politiques putophobes achèvent cet isolement et ouvrent la porte aux violences économiques et sexuelles. 

Dans une telle société, la tentation du suicide est presque normalisée chez les personnes trans. Les taux sont délirants. Mais au-delà des statistiques, ce sont nos amis, nos adelphes, des personnes avec lesquelles nous avons partagé des moments, des moments de lutte, d’amitié, de complicité, qui partent. 

Ce n’est pas pour rien si nous avons à nous retrouver chaque année pour égrainer la trop longue liste de celles et ceux qui sont parti·es, suicidé·es ou assassiné·es. 

Mais ce n’est pas une fatalité.

Dans une société inclusive, nombre de vies trans seraient épargnées. Dans une société qui reconnaît réellement, et pas seulement comme une bizarrerie juridique, l’identité de genre, être trans ne serait plus un sujet. L’accès à l’emploi, à la santé, à l’amitié, à l’amour, à la vie tout simplement, toutes choses simples qui nous semblent interdites, serait juste banales.

Certaines personnes se battent pour que cette société arrive. Nous tenons à très chaleureusement les remercier. Même si on ne peut pas être complet·es.

Merci à tous les bénévoles et militant·es des associations trans.

Merci aux parents de l’association Grandir Trans.

Merci aux associations LGBT+ présentes sans failles à nos côtés.

Merci à la Ville de Paris qui nous aide à pouvoir ouvrir un local rue Malher pour 4 associations trans et 3 de migrant·es LGBT+.

Merci à l’ARS et aux équipes de la Pitié Salpêtrières qui sont unies et soutenantes dans le projet Trajectoires Jeunes Trans pour faciliter l’accès aux soins des mineur·es trans.

Merci à Sophie, Armelle, Anouck, Charlotte, Romain, Julie et bien d’autres, les merveilleuses et merveilleux médecins qui, faisant exception dans la masse, acceptent de prendre en charge les transitions, et prennent de leur temps pour en former d’autres.

Merci aussi aux politiques qui soutiennent nos combats. Le cabinet d’Isabelle Lonvis-Rome bien isolé dans le gouvernement actuel. Merci aux parlementaires de gauche pour beaucoup fidèles au poste. Et une mention spéciale pour Raphaël Gérard, député Renaissance, à contre courant dans son groupe, mais combattant intransigeant, portant des textes et des amendements toujours très justes et concrets pour nos droits.

Face à eux et à nous, des idéologues ont décidé de faire de leur vie un combat contre la notre. Nous sommes en guerre. Nous sommes attaquée·es par des personnes qui, pour des raisons idéologiques, se battent contre notre simple existence. Et les attaques sont sournoises. Car elles ne viennent pas seulement de quelques franges réactionnaires d’extrême droite. Elles viennent aussi de féministes radicale excluant les personnes trans, les néfastes TERF, recrutant parfois même chez les personnes LGB-cis. Leur offensive est massive. 

Elle cherche à opposer droits des femmes et droits des personnes trans. Oubliant au passage tout ce que le combat féministe doit aux études de genre. Et elle attaque les plus facilement attaquables d’entre nous : les mineur·es trans.

Les troupes ennemies, nous les connaissons et nous pouvons en nommer aujourd’hui. Elles enrôlent avec elles de nouveaux·elles allié·es. Toutes et tous sont coupables de nos morts. 

L’Observatoire de la Petite Sirène, ce groupuscule TERF, associé sans que cela ne les dérange de l’extrême droite, qui déverse impunément sa haine des mineur·es trans. Coupable

Ypomoni, un groupe de parents rejetant leurs enfants et qui en font une fierté, coupable !

Les médias qui relaient abondamment cette haine. Marianne, L’Express, Le Figaro, M6, France tv, Valeurs Actuelles… Coupables !

La mairie de Lille qui invite l’Observatoire de la Petite Sirène à des débats comme si la transphobie était une opinion comme une autre, Coupable !

La Maison des Ados du 92 qui voulait faire un colloque pathologisant et psychiatrisant que nous avons réussi à faire annuler. Coupable !

L’Académie de médecine qui publie des recommandations limitant l’accès aux transitions aux mineur·es qui vont à rebours de toutes les études scientifiques. Coupable !

Smain Laarcher qui ne voit toujours pas le problème à être encore président du conseil

Scientifique de la DILCRAH, un organisme d’Etat qui doit lutter contre les transphobies, alors qu’il fut membre du conseil scientifique de l’Observatoire de la Petite Sirène, coupable.

Les associations et militant·es LGB qui continuent à laisser se propager des discours transphobes, coupable !

Aurore Berger, la présidente du groupe majoritaire à l’Assemblée, qui reçoit Dora Mouto et Margaret Stern et refuse de rencontrer les associations trans, et qui veut interdire le droit à l’IVG aux hommes trans. Coupable !

Les tribunaux et les mairies qui jugent encore sur l’apparence et veulent faire de la binarité hétéro une norme. Coupable !

Les médecins, les endocs, qui refusent de prendre en charge les transitions, coupables !

Les labos qui retirent le Vivelledot, ne demandent pas d’AMM pour les personnes trans et refusent de distribuer de l’estradiol injectable. Coupable !

Blanquer et sa circulaire conditionnant l’accueil des élèves trans à l’autorité parentale dans un pays où moins d’une personne sur deux réagirait favorablement à la transidentité d’un·e proche, coupable ! Tout comme son successeur qui ne veut pas y toucher. Coupable !

L’Etat policier qui harcèle les travailleureuses du sexe et les migrant·es. Coupable !

L’AP-HP qui ne donne pas des jours de blocs pour les personnes trans, coupable !… 

Malheureusement, la liste est longue et loin d’être exhaustive. Mais la lutte continue. et nous avons besoin de vous pour combattre.

Engagez-vous ! Dans les associations, dans les partis, et pas seulement dans sa petite bulle sur les réseaux. Ne cédez pas à la fatalité. Avec la mobilisation de toustes, nous faisons bouger les choses.

On ne lâche rien !

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