Le Dr Machefaux plaide l’initiative bien intentionnée : OUTrans va saisir l’Ordre des médecins

Paris, le 27 septembre 2018

Communiqué de presse
Réaction à la réponse du Dr Machefaux, suite à la plainte déposée à son encontre

Le 18 septembre dernier, l’association d’autosupport trans OUTrans déposait auprès de la CNIL une plainte visant les pratiques du Dr Machefaux, psychiatre à l’hôpital Saint-Anne à Paris et membre de l’équipe parisienne de la SoFECT.

Face à cette annonce, le Dr Machefaux a rédigé une réponse dont OUTrans a pu prendre connaissance. Nous souhaitons revenir sur ce tissu d’hypocrisies qui, sous couvert d’excuse sincère sur la forme du questionnaire, éclipse la réalité profondément dérangeante des pratiques du Dr Machefaux – et plus largement, des praticiens qui se retrouvent dans une approche psychiatrisée de l’accompagnement des personnes trans.

De fait, si le Dr Machefaux se réfugie derrière les termes d’ « incongruence de genre », apparus dans la nouvelle Classification internationale des maladies (CIM-11) pour remplacer la « dysphorie de genre » au chapitre des troubles ayant trait à la santé sexuelle, il demeure résolument ancré dans la perspective pathologisante largement dénoncée par les associations trans au-delà des variations terminologiques.

À lire le Dr Machefaux, sa « lettre de présentation » – un véritable interrogatoire de six pages, qui enjoint toute personne demandeuse de rendez-vous de « décrire… [sa] vie depuis [ses] premières années jusqu’à ce jour » – aurait eu pour seul objet « d’optimiser et de réduire le temps d’évaluation des intéressés ». C’est reconnaître sans l’avouer que l’orientation sexuelle et l’origine ethnique des membres du foyer constituaient à ses yeux de réels critères d’évaluation parmi d’autres.

Soucieux d’épargner à ses collègues l’embarras d’une telle faute professionnelle, le Dr Machefaux affirme regretter « [n’avoir] malheureusement saisi ni la CNIL, ni le service, le pôle ou l’hôpital […], ni les confrères de l’équipe pluridisciplinaire avec lesquels [il] travaille » : comble de l’étourderie pour un médecin de l’hôpital public, où la prise de décision en collégialité est de mise !

Mais parler de « démarche […] imprudente » et somme toute triviale, au vu de la bonne volonté d’un psychiatre qui se targue de « consacre[r] bénévolement » du temps à l’accompagnement d’une patientèle en détresse, c’est mettre sur le compte de la négligence un acte lourd de conséquences, qui ne vient pas cibler par hasard la population particulièrement précarisée que représentent les personnes trans, souvent résignées face aux étapes à passer pour accéder aux traitements et/ou chirurgies souhaités.

Cet euphémisme éhonté n’atténue en rien la gravité des agissements d’un détenteur de l’autorité institutionnelle, qui ne pouvait en 2018 ignorer l’illégalité de la collecte de données à laquelle il soumettait ses patient·e·s potentiel·le·s.

Le Dr Machefaux affirme avoir cessé de relayer son questionnaire « immédiatement » après avoir été informé du « sentiment d’agression et de coercition » ressenti par une patiente à la réception du document. L’intrusivité la plus violente serait-elle si banalisée, si institutionnalisée parmi les praticiens de la SoFECT, qu’il semble parfaitement normal de questionner les personnes trans sur leur « vécu de [leurs] organes génitaux », la « position de [leur] famille » ou la « crédibilité de [leur] apparence » – de préférence en consultation et sans laisser de traces écrites ?

La réponse à cette question n’est que trop évidente ; et n’en déplaise au Dr Machefaux, qui assure « veille[r] à ce que les soins [prodigués] soient personnalisés en fonction des demandes et non à ce qu’il[s] répondent à un protocole de soins préétabli par le corps médical », l’obligation d’un passage chez le psychiatre dans le cadre d’une transition médicale constitue en soi une forme de protocole.

Le Dr Machefaux aura beau jeu de déplorer que son « initiative personnelle, spontanée, bien intentionnée […] vienne faire obstacle au rapprochement qu’ [il] souhaite entre certaines associations, notamment OUTrans, et les équipes hospitalières pluridisciplinaires auxquelles [il] appartient » : la dissolution de la SoFECT demeure l’une des revendications principales d’OUTrans et de la Fédération Trans et Intersexes, qui ne manquent d’ailleurs pas de travailler avec les praticiens réellement compétents et respectueux dans leurs approches.

Devant la faute déontologique avérée du Dr Machefaux, OUTrans annonce enfin sa décision de saisir le conseil de l’Ordre des médecins de la Ville de Paris.

 

Le Conseil d’Administration d’OUTrans

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