TDoR 2011 : En rage plutôt qu’en deuil

Aujourd’hui, dimanche 20 novembre 2011, la communauté trans internationale s’allie autour du TDOR (Trans Day Of Remembrance ou « Jour de Mémoire Trans ») afin de visibiliser et de condamner tous les actes de violences commis à l’encontre des personnes trans. Né des mouvements trans d’auto-support, le T-Dor se veut un observatoire des agressions qui frappent notre communauté. Ces actes de transphobie les plus révoltants sont recensés sur le site du Transgender Day of Remembrance.

S’il n’est pas question d’ignorer cette journée du souvenir autour de la transphobie, OUTrans veut aujourd’hui célébrer la FORCE, la PUISSANCE et la RESILIENCE des personnes trans  Si nous ne sommes pas tou-te-s brutalement assassiné-e-s, les discriminations et les violences auxquelles nous sommes quotidiennement confronté-e-s en tant que personnes trans nous maintiennent très souvent dans des conditions d’existence précaires. La transphobie est rendue LICITE parce qu’elle peut s’exercer en toute impunité. En refusant de lutter contre les violences transphobes, l’Etat et ses institutions y participent et les encouragent.

A peine exprimons-nous nos désirs de transitions que nous sommes confronté-e-s à un ensemble de discours et de représentations normatifs et agressifs, produits par une ignorance généralisée et des préjugés liés au malaise que provoquent nos identités dans une société rigidement sexiste et transphobe. Que ce soit dans la sphère privée ou publique, dans nos familles, dans la rue, à l’école, au travail, à la poste ou à la piscine, partout, tout est à l’œuvre pour nous rendre plus  vulnérables. Nous devons lutter en permanence contre ces processus d’exclusion et de discrimination. Quant aux médecins psychiatres, à l’APA ou à l’OMS, ils se font avec complaisance le bras armé de la transphobie d’Etat, en exigeant de nous une soumission totale à leur diagnostic souverain et à la catégorie pathologisante de “transsexualisme”, dont nous réfutons la pertinence.

Lorsqu’il s’agit de nous donner les moyens d’être des individu-e-s fièr-e-s et fort-e-s de leurs identités trans, les pouvoirs publics baissent les yeux et nous renvoient entre les mains des équipes des hôpitaux publics en charge des « troubles de l’identité ».

Or, aujourd’hui, dimanche 20 novembre 2011, après des années de lutte pour la reconnaissance de nos existences et de nos droits, nous n’allons pas pleurer nos mort-e-s. Nous n’allons pas pleurer celles et ceux qui ont été agressé-e-s, torturé-e-s , violé-e-s, assassiné-e-s. Non, c’est notre colère et notre rage que nous voulons réaffirmer aujourd’hui, contre toutes les discriminations transphobes,  des plus larvées aux plus visibles, contre toutes les violences transphobes, qu’elles soient étatiques, sociales, médicales, policières…

Nous nous élevons aujourd’hui, jour du TDOR, AVEC et POUR tou-te-s celles et ceux

  • qui doivent être stérilisé-e-s de force pour obtenir des papiers dans le genre qu’illes veulent,
  • qui, parce qu’illes sont sommé-e-s de correspondre aux exigences politiques de la bi-catégorisation “masculin/féminin” n’ont pas de marge suffisante pour se penser autrement, et n’ont surtout pas de légitimité pour le faire,
  • qui ont été opéré-e-s grossièrement, par de véritables bouchers, et en subissent les conséquences médicales, parfois graves et le plus souvent irréversibles, et qui n’ont pas la possibilité légale de se retourner contre ces chirurgien-ne-s incompétent-e-s,
  • qui se voient obligé-e-s de divorcer avant de pouvoir entamer leur démarche de changement d’état civil,
  • qui sont licencié-e-s lors de leur transition et/ou jamais intégré-e-s sous leur identité d’usage,
  • qui ne peuvent pas faire reconnaitre leur parentalité parce que l’Etat continue d’avoir une vision profondément hétérosexuelle et hétérosexiste de ce qu’est une famille ou un parent.

Nous nous soulevons aujourd’hui face à la faible prise en considération des personnes trans séropositives, à leur exclusion des blocs opératoires, aux choix par défaut qu’ils et elles sont contraintes de faire entre THS et ARV/ tant pour la prise en charge médicale de leurs parcours qu’à leurs possibilités d’accès à des soins compatibles avec leurs traitements antirétroviraux.

Nous nous élevons aujourd’hui contre toutes ces pratiques révoltantes faisant des personnes trans des patient-e-s sans réalités sociales, rendant la transphobie licite et légale.

Nous nous opposons au diagnostic différentiel imposé par les équipes hospitalières alliées de l’OMS, qui dictent un parcours universel, loin des réalités trans, avec le DSM pour bible et définissant comme « maladie mentale » ce qui représente à nos yeux une liberté de se penser soi-même, une liberté à disposer de son corps.

Aujourd’hui, jour de la mémoire trans, nous sommes debout, nous sommes fièr-e-s et nous sommes partout présent-e-s et rassemblé-e-s pour dire que nous ne sommes pas des victimes passives, bonnes à être agressé-e-s, torturé-e-s , violé-e-s, assassiné-e-s, mais des personnes en lutte parce qu’elles sont minorisé-e-s par un dispositif oppressant et psychiatrisant des identités de genre.

Aujourd’hui, nous sommes en rage plutôt qu’en deuil et nous exigeons :

  • La reconnaissance de la transphobie comme une discrimination par le Défenseur des Droits.
  • La condamnation des actes transphobes par l’Etat et ses institutions.
  • Le démantèlement des équipes hospitalières et le retrait du « transsexualisme » du DSM et de la CIM.
  • Le droit à disposer librement de nos corps.
  • Des campagnes de prévention contre les violences faites aux personnes trans.
  • Des formations auprès des entreprises, des universités, du personnel médico social sur les questions liées aux transidentités.

OUTrans

www.outrans.org

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